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L’accotoir : ce que le mot désigne, et qui le fabrique

Ce que désigne le mot accotoir, ce qui le sépare — ou non — de l’accoudoir, et ce qu’un matelassier fabrique quand il en garnit un.

Matelas en laine rayé, fabriqué dans l'atelier Le Briand

Qu’est-ce qu’un accotoir ?

L’accotoir est la partie latérale d’un siège — fauteuil, banquette, canapé — sur laquelle viennent reposer l’avant-bras ou la tête. Le mot appartient au siège et pas au lit, et c’est la première chose à savoir quand on le croise dans un vocabulaire de literie : il n’y désigne aucune pièce du couchage. Dans l’atelier comme dans le commerce du meuble, le mot qui domine n’est d’ailleurs ni celui-là ni son voisin : on dit le bras du fauteuil.

Il entre pourtant dans notre métier, et de plein droit. Dans la liste de ce que fabrique un matelassier, l’accotoir figure aux côtés des matelas décoratifs de banquette et de canapé et des coussins de sol — la famille du siège garni, pas celle du lit. Un accotoir peut n’être qu’un bras de bois apparent, sans la moindre garniture ; celui qui passe par nos mains est garni, et c’est de celui-là que parle cette page.

Accotoir ou accoudoir ?

C’est la question qui revient sur ce mot, et elle a une réponse datée.

La distinction a bien été tentée. Le dictionnaire de Trévoux la propose en 1771, l’Académie la reprend en 1798 : l’accotoir servirait à s’appuyer de côté, l’accoudoir à s’appuyer en avant. Les éditions suivantes de l’Académie l’ont retirée, pour une raison qui vaut mieux qu’une querelle de mots — l’usage la contredisait déjà. On trouve « accotoir » pour l’appui du coude, sur un prie-Dieu ou dans une loge de théâtre, ce que la règle interdisait.

Depuis, les deux mots désignent le plus souvent la même pièce, et « accoudoir » a largement pris le dessus : c’est lui seul qu’on emploie dans l’automobile ou le train, et beaucoup de gens n’ont jamais rencontré l’autre. Nous ne vous donnerons pas de règle plus ferme. Une frontière inventée vous servirait moins bien que le flou, parce qu’elle vous ferait corriger quelqu’un qui a raison.

Le vocabulaire du meuble, lui, tranche autrement, et c’est plus utile : il fait de l’accoudoir une partie de l’accotoir. L’accotoir est le bras entier ; l’accoudoir en est le dessus, celui sur lequel on pose effectivement l’avant-bras, parfois rembourré d’une manchette ; et le montant qui porte le tout s’appelle la console. C’est cette manchette qui nous occupe : c’est la seule partie garnie, et donc la seule qui relève de notre métier.

Ce qu’en fait un matelassier

Un accotoir garni relève du même ouvrage qu’un matelas décoratif de banquette, et se monte de la même main.

D’abord une garniture — laine, crin — répartie à la main, en quantité choisie avant d’être contrainte. Puis une toile qui la ferme et la tient : du coutil, la même famille de tissu que sur un matelas, mais choisi ici pour sa tenue au frottement plutôt que pour sa douceur : c’est la pièce d’un siège qu’on touche le plus, et toujours au même endroit. Enfin des points qui traversent l’épaisseur et empêchent la garniture de se déplacer — le capitonnage, qui règle du même coup la fermeté de la pièce.

Ce n’est pas un bloc de mousse découpé et agrafé. La différence ne se voit pas le premier jour ; elle se voit le jour où la pièce s’affaisse. Un accotoir garni se rouvre. On reprend la garniture, on la passe à la cardeuse pour lui rendre son volume ou on la complète, on referme — au lieu de jeter le siège. C’est le principe que la maison applique à tout ce qui sort de l’atelier : ça ne se jette pas, ça se refait.

C’est aussi ce qui explique qu’un mot de siège vive dans un vocabulaire de literie. Ce n’est pas l’objet qui rapproche l’accotoir du matelas, c’est le geste.

Et sur un lit ?

Le panneau vertical qui ferme le lit du côté de la tête porte un autre nom : c’est une tête de lit, et elle a son guide à elle — dimensions, hauteur, formes, matières. Si c’est ce panneau-là que vous cherchiez, c’est ce guide-là qu’il vous faut, pas cette page.

Les deux ouvrages se ressemblent par la construction, jamais par le mot : une tête de lit tapissée et un accotoir garni sont deux panneaux de garnissage, montés avec les mêmes matières et les mêmes gestes, sur deux meubles différents. Le reste des mots du métier est rassemblé dans notre vocabulaire de la literie.

Faire fabriquer un matelas de banquette