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Artisan matelassier : le métier, et comment le reconnaître

Le métier d’artisan matelassier : ce qu’il fait, d’où vient le métier, ce qui le distingue du tapissier — et 4 signes d’une fausse marque artisanale.

Matelassier au travail, aiguille en main, sur le bourrelet d'un matelas rayé

Le métier d’artisan matelassier est largement méconnu, et pourtant il met un savoir-faire entier au service d’une chose très simple : dormir correctement.

C’est aussi un métier dont le nom est aujourd’hui revendiqué par des marques qui n’en pratiquent pas le geste. Ce guide explique ce qu’un matelassier fait réellement — et donne les critères concrets pour savoir si celui qui se présente comme tel en est un.

Qu’est-ce qu’un artisan matelassier ?

C’est celui ou celle qui fabrique, répare et carde des matelas capitonnés.

Le métier était à l’origine une activité itinérante, exercée par un couple, mari et femme se répartissant les tâches. Jusqu’au milieu des années 1960, il y avait des matelassiers à chaque coin de rue. L’activité s’est ensuite progressivement structurée et organisée — dans certains pays, elle reste exercée de façon informelle.

Un point mérite d’être souligné, parce qu’il découle directement du savoir-faire : une literie qui sort des ateliers d’un artisan matelassier ne se jette pas, elle se refait. C’est ce qui permet au consommateur suivant de faire des économies, dans une logique de révision plutôt que de remplacement — une économie circulaire avant que le terme n’existe.

Que fabrique un matelassier ?

Le matelassier fabrique et réfectionne des matelas capitonnés : la garniture (laine, crin) est maintenue par des points de capiton, cousus à la main. Au-delà du matelas de laine proprement dit, cela couvre :

  • des matelas pour bébé
  • des matelas décoratifs pour banquettes et canapés
  • des matelas de sol et des coussins de sol
  • des accotoirs

Il assure également la réfection d’un matelas en laine — la partie du métier qui n’a pas d’équivalent du côté industriel.

Matelassier ou litier : quelle différence ?

Les deux termes vont souvent ensemble — on parle d’artisan matelassier-litier — mais ils ne recouvrent pas le même ouvrage :

  • le matelassier, ou la matelassière, fabrique le matelas
  • le litier fabrique le sommier tapissier

Ce sont deux métiers et deux savoir-faire distincts. Le sommier se monte sur une caisse en bois, ressort par ressort, guindage compris : c’est le poste le plus physique des deux, et celui qui demande le plus de dextérité. C’est précisément ce partage qui explique pourquoi les maisons de literie traditionnelle étaient si souvent organisées autour d’un couple, chacun tenant son poste — l’homme au sommier, la femme au matelas.

Le litier assure aussi la réparation d’un sommier tapissier — le pendant, côté sommier, de la réfection que le matelassier pratique sur le matelas.

Dans une entreprise artisanale, les deux compétences finissent presque toujours par se rejoindre chez les mêmes personnes. Direction notre guide sur le métier de litier pour l’ouvrage qui lui revient.

En quoi consiste l’action de matelasser ?

Le verbe est plus ancien et plus large que le métier. Matelasser, c’est « rembourrer, garnir de laine, de façon que la surface matelassée soit aussi élastique qu’un matelas ».

Matelassière nouant les capitons d’un matelas blanc, vue en plongée

On matelassait les meubles pour qu’en s’y cognant, les enfants ou les personnes malades ne se blessent pas. Parmi les fournitures de tapisserie faites au jeune Dauphin, fils de Louis XV, on trouve la mention d’un berceau « le dedans matelassé de laine, l’arche et le dossier matelassé idem, couvert de damas vert orné de galon d’or à clouer, et clous dorés ».

On matelassait aussi les murs. Madame de Genlis raconte dans ses Mémoires que le duc de Montpensier, d’une grande faiblesse, demeurait dans « un appartement matelassé, où il pourrait se heurter et tomber sans se faire le moindre mal ». Dufort de Cheverny rapporte que c’était une mesure générale pour les jeunes princes : jusqu’à douze ans, les pièces qu’ils habitaient étaient étayées et les boiseries matelassées à hauteur d’homme.

De nos jours, on ne matelasse plus guère que les volets, pour empêcher les bruits de la rue de parvenir dans les appartements. La précaution date vraisemblablement du milieu du XVIIIe siècle : une vente après décès du 18 mars 1765 mentionne des « contrevents brisés et matelassés pour 5 croisées ».

Matelassier ou tapissier : quelle différence ?

Historiquement, le métier fait partie d’un corps plus large : celui de tapissier d’ameublement. Jusqu’à une date assez récente, une maison de tapisserie de renom offrait ces services de matelassier-litier.

Le terme recouvre en réalité quatre métiers différents :

  1. Tapissier garnisseur — met en place la tapisserie d’ameublement, réalise les garnitures et les couvertures de sièges en tissu ou en cuir. Il restaure ou fabrique les sièges.
  2. Tapissier décorateur — installe rideaux et tentures murales, façonne des plafonds tissés.
  3. Tapissier couture — façonne à la machine housses de sièges, coussins, rideaux et décors de fenêtres.
  4. Litier matelassier — fabrique ou restaure matelas et sommiers.

Le métier de matelassier s’est émancipé des autres après la seconde guerre mondiale, avec l’avènement de la chambre à coucher comme espace démocratisé et l’affirmation des préoccupations liées au sommeil. En clair : le tapissier d’ameublement est le corps de métier historique dont le matelassier-litier est l’une des quatre branches — aujourd’hui largement autonome, mais rattaché à cette même famille de savoir-faire.

Matelassier ou bourrelier : quelle différence ?

Le bourrelier, à l’origine, fabrique et répare des selles, harnais et équipements en cuir pour les animaux de trait et de selle — un artisanat du cuir, pas de la literie.

L’association « bourrelier-matelassier » existe comme intitulé de métier composite, pas comme un ancien nom du matelassier : les deux savoir-faire se recoupent sur la technique de garnissage et de couture, mais restent deux artisanats distincts. Si vous croisez ce terme, c’est donc bien deux compétences réunies chez un même artisan — pas une ancienne appellation régionale du matelassier.

De cette histoire faite de métiers voisins est née une confusion plus large : matelassier et fabricant de literie sont devenus des termes interchangeables dans le langage courant. Ils ne le sont pas.

Un matelassier est avant tout un fabricant de literie. L’inverse n’est pas vrai.

La plupart des fabricants de literie sont des industriels qui n’ont pas le savoir-faire d’un matelassier-litier, lequel repose sur la maîtrise d’une technologie traditionnelle. Et avec les difficultés de l’artisanat du meuble depuis les années 1970, le segment de la literie traditionnelle s’est érodé — rendant ce savoir-faire de plus en plus rare.

Matelassier ou fabricant de literie : comment faire la différence ?

Sur internet comme ailleurs, des marques se présentant comme fabricants de literie vendent des matelas en laine et des sommiers tapissiers. Voici les marqueurs qui les distinguent d’un véritable atelier.

1. La production est-elle sous-traitée ? Le matelassier fait la literie entièrement de ses propres mains. Demandez à visiter l’espace où les matelas sont fabriqués : chez un artisan, la réponse est précise et se termine par une invitation. Si la réponse reste floue, vous avez affaire à une marque qui n’est peut-être pas propriétaire des ateliers dont elle parle.

2. Le sur-mesure est-il réel ? Une logique industrielle ne prend pas en compte la diversité des profils de dormeur. Un atelier règle des paramètres — quantité de laine, densité et serrage des capitons — pour un dormeur donné.

3. La réparation est-elle possible ? C’est le test le plus discriminant. Un fabricant industriel n’est en général pas en capacité de faire réfectionner le matelas ou le sommier — opération pourtant fondamentale pour la longévité du lit et pour obtenir un prix d’usage attrayant. Et si l’enseigne le propose, il y a de fortes chances que ce soit également sous-traité.

4. Les ateliers sont-ils visitables ? Une marque peu encline à ouvrir ses portes de production a-t-elle quelque chose à cacher ?

La question de la valeur perçue

Les artisans matelassiers s’intègrent dans des organisations de tailles variées, de l’atelier local à l’entreprise artisanale. Toutes s’appuient sur la science, l’expérience et le savoir-faire de leurs matelassiers comme élément central de la création de valeur — et c’est ce qui a permis à certaines de devenir des institutions respectées à l’échelle régionale, parfois nationale, dont le nom est devenu une marque construite sur la confiance.

La croissance y est organique, adossée à une expertise dont le temps n’a fait qu’asseoir la légitimité. Conséquence : la valeur réelle des produits est le moins possible décorrélée de la valeur perçue.

C’est la différence de fond avec des marques bâties par des investissements massifs en communication, en relations presse et en marketing autopromotionnel — au-delà de l’appareil et de l’exigence de production. Pour elles, la création de valeur ne vient pas seulement de la qualité des produits, mais aussi et surtout de la capacité à faire grossir rapidement notoriété et visibilité à coups de contenus sponsorisés. Le prix d’achat s’en trouve nécessairement impacté, puisqu’il faut bien que ces dépenses soient rentables.

Il en résulte un écart, plus ou moins grand, entre la valeur réelle et la valeur perçue.

Les entreprises qui salarient des matelassiers n’ont pas ces moyens. Mais leurs produits n’ont rien à leur envier — nous en proposons la comparaison détaillée dans notre guide matelas industriel ou matelas fait main.

Pour conclure sur le métier de matelassier

Si le matelassier peut réaliser un lit qui vous accompagne à vie, la literie artisanale, naturelle et française devient une solution dont le prix d’usage — le coût réel rapporté aux années de service — est très intéressant, quel que soit le prix affiché au départ.

C’est tout le raisonnement de notre guide sur la durée de vie d’un matelas, et la raison pour laquelle un métier qu’on croyait disparu a toujours quelque chose à dire sur la façon dont nous dormons.

Faire fabriquer un matelas