Il existe plusieurs types de sommier, mais nous nous attardons ici sur la fabrication du véritable sommier tapissier à ressorts — celui dont les éléments principaux sont une caisse en bois et des ressorts en métal.
Nous précisons « véritable » à dessein : le mot a fini par s’appliquer à des sommiers qui n’ont pas de ressorts du tout — direction notre guide pour tout savoir sur le sommier tapissier si vous avez un doute sur le vôtre.
Peut-on fabriquer son sommier soi-même ?
C’est l’une des questions les plus fréquentes : peut-on se contenter d’un sommier en contreplaqué fabriqué soi-même ? La réponse honnête est oui, mais avec une nuance importante.
Un panneau de contreplaqué percé de quelques trous d’aération, posé sur un cadre de lit, peut techniquement servir de support plat et rigide — une solution économique, accessible à qui a quelques outils de base. Mais ce n’est pas un sommier tapissier, et cela n’en offre pas les bénéfices : pas de suspension à ressorts pour absorber les mouvements, pas de garnissage pour amortir le contact avec le matelas, et surtout pas la possibilité de réfection qui fait la valeur d’un vrai sommier tapissier dans la durée. Une planche de contreplaqué reste une solution de dépannage, pas un équivalent fonctionnel.
Si vous cherchez un vrai sommier fait maison avec une fonction de suspension, un sommier à lattes reste plus accessible à construire soi-même qu’un sommier tapissier à ressorts — ce dernier demande un savoir-faire spécifique, difficile à improviser sans formation. C’est ce savoir-faire que nous détaillons ci-dessous.
Les étapes de fabrication d’un sommier tapissier à ressorts
Nous nous concentrons ici sur le mode de fabrication artisanale, tel qu’il est pratiqué par un matelassier-litier. Précisons le vocabulaire, parce qu’il compte : le matelas est l’ouvrage du matelassier, le sommier celui du litier. Deux métiers distincts, réunis par l’usage sous une même étiquette — voir le métier de litier.

Le nom du sommier tapissier vient de là : sa construction est proche de celle d’un fauteuil — même bourrelet piqué, même logique de garniture montée sur une carcasse. C’est un ouvrage exigeant, et dans les ateliers d’autrefois, ceux qui en maîtrisaient la technique portaient un nom à eux : les berlingots. La demande était telle qu’un bon berlingot sortait deux sommiers par journée de travail.
La caisse en bois
La confection d’un sommier part d’une caisse en sapin brut — historiquement en peuplier, remplacé depuis une vingtaine d’années pour des raisons de coût de la matière, à caractéristiques équivalentes (voir le détail du choix du bois) — un cadre en bois avec ses barres de fond pour soutenir les ressorts (généralement 6 à 8 barres). Chez la plupart des litiers, cette caisse est réalisée à l’extérieur, par un ébéniste ou une entreprise spécialisée ; dans nos ateliers, nous la débitons, l’assemblons et la clouons nous-mêmes. Il y a au minimum un quart de vide par rapport à la surface pleine, avec des jours entre les planches pour permettre au matelas de s’aérer et d’évacuer l’humidité du corps. Plus il y a de barres, plus il y a de ressorts, et plus le sommier est ferme — le nombre de rangées de ressorts influence donc directement la fermeté de l’ensemble.
À chaque angle de la caisse est fixé un bloc appelé masse, percé au pas de vis : c’est lui qui recevra les pieds à la toute fin. Il se pose au montage de la caisse, pas après — un sommier livré sans masses ne pourra pas recevoir de pieds sans être rouvert.
Clouer et guinder les ressorts
Les ressorts — bi-coniques à gros fils, en acier galvanisé ou non, parfois brunis pour les rendre inoxydables — sont fixés sur la caisse à l’aide de clous cavaliers (aussi appelés crampillons), sur les barres de fond. D’autres configurations existent : des sangles à la façon d’un siège, ou un grillage métallique muni de gros ressorts. Leur taille varie selon la hauteur du sommier, et ils sont chaussés de mousse de récupération, de crin végétal ou d’étoupe pour éviter qu’ils ne talonnent à l’usage — la source la plus fréquente de bruit et de grincement.
Vient ensuite le guindage : les ressorts sont noués, reliés et solidarisés entre eux et à la caisse, à l’aide d’un entrelacs de cordage (ficelle de chanvre, ou de nylon pour plus de résistance). Cette étape assure trois choses : que chaque ressort travaille en compression plutôt qu’en torsion, que la charge se répartisse entre les ressorts voisins, et que l’ensemble revienne rapidement à sa position de stabilité après compression. Le guindage se fait en général selon deux motifs — en 4 (dans la largeur puis la longueur) ou en 8 (en diagonale) — et les ressorts de bordure sont solidarisés séparément pour renforcer les contours du sommier.
Dans le détail du geste : la corde est d’abord arrêtée sur le cadre à la pointe, puis elle vient nouer le pavillon de chaque ressort, c’est-à-dire sa spire haute. En guindage en huit, cela représente huit nœuds par ressort — en longueur, en largeur et en diagonale. Le but n’est pas de brider les ressorts mais de les accorder entre eux : on cherche une surface plane, équilibrée et souple, où aucun ressort ne travaille seul. C’est l’étape qui décide du confort final, et celle qui distingue le plus nettement un sommier fait main d’un sommier assemblé.
Poser la toile forte et la garniture
Une toile de jute serrée, dite toile forte, est fixée par-dessus les ressorts guindés, pour isoler la garniture des ressorts et empêcher qu’elle ne passe au travers. Comptez autour de 380 g/m² : c’est un jute lourd, choisi pour ne pas se déformer sous la tension. Une couche de garniture en fibres naturelles est ensuite ajoutée — étoupe, crin végétal, ou un mélange des deux — c’est l’étape dite de la piqûre, qui isole le futur matelas du contact direct avec les ressorts.
La garniture se répartit à la main, uniformément, sur 5 cm d’épaisseur environ — jusqu’à l’aplomb des bourrelets, pas au-delà. C’est cette hauteur qui donne une surface plane une fois la toile fermée : trop peu, on sent les ressorts ; trop, le sommier bombe et le matelas ne porte plus à plat.
Réaliser le bourrelet
Le bourrelet est la bordure du sommier, façonnée et piquée à la façon d’un tapissier — c’est d’ailleurs de là que vient le nom du sommier tapissier. C’est un petit volume en forme de boudin, comblé de fibres naturelles, qui retient la garniture et forme une sorte de nid autour du sommier. Sur les longueurs, on procède de la même façon pour les saucisses tête et pied, parfois elles-mêmes piquées pour plus de rigidité.
Concrètement, les saucisses de tête et de pied — des boudins ronds garnis de crin végétal ou d’étoupe — sont d’abord glissées dans la toile. Sur les longs-pans, les deux longueurs du sommier, on ajoute ensuite une bande de tissu que l’on garnit et que l’on pique à l’aiguille courbe pour former le bourrelet. Cette construction porte un nom : le sommier à soufflets.
Parementer et tendre la toile
Le tout est enveloppé dans une toile — le coutil —, généralement la même que celle utilisée pour le matelas, qui sépare la garniture des ressorts et referme l’ensemble. Le parementage — l’ajout d’un tissu d’ameublement décoratif, en chanvre ou en lin — reste une étape optionnelle : tous les sommiers tapissiers ne sont pas systématiquement parementés, mais cela permet de personnaliser l’aspect esthétique du sommier pour qu’il s’intègre à la décoration de la chambre.
Deux toiles ferment donc le sommier, et elles ne jouent pas le même rôle. Sur le dessus, la toile à matelas, qui reçoit le matelas. En dessous, la toile de fond, un jute volontairement plus léger — autour de 255 g/m² contre 380 pour la toile forte — assez ouvert pour laisser l’air circuler par le dessous, assez serré pour retenir la poussière. C’est une pièce qu’on ne voit jamais et qu’on remarque seulement quand elle manque.
Il ne reste plus qu’à visser les pieds dans les masses posées au tout début. Sphère, olive, style Louis XV ou Louis XVI : c’est la seule pièce du sommier qui se choisit purement à l’œil, et elle se change sans toucher au reste.
Les trois constructions de sommier
Selon la demande, trois constructions coexistent :
- le sommier à soufflets, décrit ci-dessus : bourrelets piqués sur les longs-pans, saucisses en tête et en pied.
- le sommier fixe, le plus économique : les boudins garnis sont fixés sur les quatre côtés, sans le travail de piqûre des longs-pans.
- le sommier à cuvette, au profil légèrement creux, pensé pour accueillir et retenir le matelas.
Ces trois constructions se combinent ensuite avec la finition, tendue ou à cuvette — voir les finitions du sommier tapissier pour ce que change ce choix à l’usage.
Comment refaire un sommier ?
La réfection d’un sommier consiste à dégarnir la structure pour revenir au bois nu, avant de reconstruire l’ensemble à neuf sur cette même caisse. Direction notre guide complet sur la réparation d’un sommier tapissier pour le détail de chaque étape.