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Dormir sans oreiller : bonne ou mauvaise idée selon votre position

Dormir sans oreiller a une logique sur le ventre et aucune sur le côté. Ce que l’absence d’oreiller change sous la nuque, position par position.

Coin d’un lit en bois, drap de lin froissé, dans la lumière du matin, sans oreiller

Nous fabriquons des oreillers. C’est donc à nous qu’il revient de dire dans quels cas il n’en faut pas.

La réponse honnête à « faut-il dormir sans oreiller » n’est ni oui ni non : c’est « ça dépend de la façon dont vous êtes couché », et la mécanique derrière cette réponse tient en une phrase. Un oreiller ne fait qu’une chose — il comble l’espace entre le matelas et la tête, pour que la nuque reste dans le prolongement du dos. Selon la position dans laquelle vous dormez, cet espace est grand, petit, ou quasi nul. Quand il est quasi nul, un oreiller ajoute une contrainte au lieu d’en retirer une. Quand il est grand, s’en passer ne fait pas disparaître la distance : cela laisse simplement la tête tomber dedans.

Ce guide prend les questions dans l’ordre où elles se posent, et chaque section commence par sa réponse. Pour qui l’absence d’oreiller se tient, pour qui elle ne se tient pas, ce qu’elle change concrètement sous la nuque, ce que modifie une réduction de hauteur par paliers, et pourquoi la solution que cherchent la plupart des gens qui posent cette question n’est pas « pas d’oreiller » mais « un oreiller plus bas ».

Deux précisions de cadre avant de commencer, parce qu’elles décident de ce que vous lirez ensuite.

Cette page ne donne aucun conseil de santé. Nous décrivons une géométrie : où se trouve la tête par rapport au dos, et ce qui la tient là. Un objet de literie ne soigne rien, ne corrige rien et ne prévient rien — c’est la position que nous tenons partout ailleurs sur ce site, notamment dans notre guide sur le matelas et le mal de dos, et elle vaut ici plus qu’ailleurs. Une douleur installée se regarde avec un professionnel de santé.

Le choix d’une hauteur n’est pas ici non plus. Cette page traite d’une seule question, « et si je n’en mettais aucun ? ». Dès qu’il s’agit de choisir combien de centimètres il vous faut, c’est notre guide sur la forme et la hauteur d’un oreiller qui prend le relais, et nous y renvoyons plutôt que de le répéter. La vue d’ensemble, elle, reste dans notre guide sur l’oreiller.

Est-ce bon ou mauvais de dormir sans oreiller ?

Ni l’un ni l’autre dans l’absolu — et c’est la seule réponse défendable. Dormir sans oreiller est cohérent pour un dormeur sur le ventre, discutable sur le dos, et à peu près jamais justifiable sur le côté. Ce qui départage n’est ni une mode ni une école : c’est la distance qui sépare votre tête du matelas dans la position où vous passez la nuit.

Partons de ce que fait un oreiller, parce que tout le reste en découle. Il comble un vide. Rien d’autre. La tête pèse, elle a besoin d’un appui, et le rôle de l’oreiller est de placer cet appui à la bonne distance pour que la nuque reste alignée sur le dos — la position qu’elle occupe quand vous êtes debout, ni cassée vers l’avant, ni renversée vers l’arrière, ni penchée sur le côté.

À partir de là, la question « faut-il un oreiller » devient une question mesurable : y a-t-il un vide à combler, et quelle est sa taille ?

Dormir sans oreiller selon la position de sommeil : l’espace à combler et ce que l’absence d’oreiller produit
Position Taille du vide Ce que donne l’absence d’oreiller
Sur le ventre Nulle ou presque La nuque garde sa rotation, mais perd la cambrure que l’oreiller lui ajoutait par-dessus
Sur le dos Quelques centimètres Le creux de la nuque reste vide, et la tête part légèrement en arrière
Sur le côté Toute la largeur de l’épaule La tête descend vers l’épaule : rien ne la porte, et la carrure ne se réduit pas

Trois lignes, trois réponses différentes à la même question. C’est pour cette raison qu’il n’existe pas de verdict unique sur ce sujet, et que les pages qui en donnent un se trompent forcément pour deux dormeurs sur trois. Ce tableau dit ce que produit l’absence ; il ne dit pas combien de centimètres viser quand on décide d’en garder un, et c’est notre guide sur la hauteur d’oreiller selon la position qui porte cette réponse.

Une remarque avant d’entrer dans le détail, parce qu’elle change la lecture de tout ce qui suit : la position dont il est question ici est celle dans laquelle vous passez la nuit, pas celle dans laquelle vous vous endormez. Beaucoup de dormeurs s’endorment sur le dos et se réveillent sur le côté, ou l’inverse. Un dormeur qui alterne a intérêt à raisonner sur la position la plus exigeante des deux, parce que c’est celle qui pardonne le moins — les paramètres qui faussent cette lecture sont détaillés dans notre guide sur la forme de l’oreiller.

Pour qui dormir sans oreiller peut marcher

Essentiellement pour un dormeur sur le ventre — et c’est le seul profil pour lequel l’absence d’oreiller a une logique mécanique franche. Un ou deux cas de figure s’en approchent, mais ils tiennent à des circonstances, pas à une règle.

Sur le ventre

Voici le mécanisme, et il vaut la peine d’être posé en entier, parce que c’est lui qui donne à cette page sa réponse la moins attendue.

Quand vous dormez sur le ventre, la tête ne peut pas rester dans l’axe du corps : il faudrait respirer à travers le matelas. Elle se tourne donc d’un côté ou de l’autre. La nuque subit déjà une rotation, et cette rotation n’a rien à voir avec l’oreiller — elle est le prix de la position, avec ou sans.

Ajoutez maintenant un oreiller sous cette tête. Il la soulève. Comme le reste du corps, lui, est resté à plat sur le matelas, la tête se retrouve plus haut que le dos : la nuque se cambre vers l’arrière. Et elle se cambre en plus d’être tournée. Deux contraintes se cumulent là où la position n’en imposait qu’une, et elles se cumulent pendant toute la durée du sommeil.

Retirer l’oreiller n’enlève pas la première — un dormeur sur le ventre garde la tête tournée, c’est ainsi. Mais il enlève la seconde. C’est un raisonnement de géométrie, pas une promesse : moins d’épaisseur sous la tête d’un dormeur sur le ventre, c’est moins d’écart entre la tête et le prolongement du dos. Notre guide sur la hauteur d’oreiller selon la position le formule dans l’autre sens et arrive au même endroit : c’est le seul profil où un oreiller mince et facilement écrasable constitue un avantage franc, et le seul où l’on peut envisager de s’en passer.

Deux réserves, parce qu’un raisonnement juste ne fait pas une consigne.

  • Sans oreiller ne veut pas dire sans rien. Beaucoup de dormeurs sur le ventre gardent quelque chose de très plat sous la joue — un oreiller peu garni, une taie pliée — moins pour la hauteur que pour le contact et la propreté du matelas. Ce n’est pas une contradiction, c’est le même réglage poussé au minimum plutôt qu’à zéro.
  • La position sur le ventre a un coût que l’oreiller ne crée pas et ne règle pas. Ce que nous décrivons ici, c’est ce que l’oreiller ajoute ou retire, pas ce que vaut la position elle-même. Sur ce dernier point, nous n’avons pas d’avis à donner : ce n’est pas notre métier.

Les autres cas, plus rares

Deux configurations approchent le cas du ventre sans lui ressembler, et il vaut mieux savoir qu’elles existent que les découvrir en pleine nuit.

Un couchage très souple réduit l’espace à combler. Sur un matelas dans lequel l’épaule et le haut du dos s’enfoncent nettement, la tête part de plus bas et le vide diminue d’autant ; un surmatelas posé après coup produit le même effet. Cela ne ramène presque jamais le vide à zéro sur le côté ; cela peut y suffire sur le dos.

Un dormeur menu sur le dos a peu à combler. Le creux de la nuque fait quelques centimètres et varie d’une carrure à l’autre : chez quelqu’un de fin, sur un couchage souple, l’écart peut devenir assez faible pour que la question se pose honnêtement. Elle se pose, elle ne se tranche pas d’avance — c’est le cas où la réduction par paliers a un sens.

Ce qui ne figure pas dans cette liste mérite d’être dit franchement : il n’existe pas de profil pour lequel supprimer l’oreiller apporte quelque chose que la bonne hauteur n’apporterait pas mieux. L’absence d’oreiller n’est jamais un progrès en soi. Elle est, au mieux, le réglage juste pour quelqu’un dont le vide à combler est nul.

Pour qui dormir sans oreiller est une mauvaise idée

Pour tout dormeur sur le côté, et pour une bonne partie des dormeurs sur le dos. La raison est la même dans les deux cas et elle est purement géométrique : il y a un vide, il ne se comble pas tout seul, et le corps va chercher à le combler autrement.

Sur le côté

C’est le cas le plus net de cette page, et celui sur lequel nous ne voyons aucune place pour la nuance.

Couchée sur le côté, votre épaule vous surélève. Entre le matelas et votre oreille, il y a toute la largeur de votre épaule — le plus grand des trois écarts, et celui qui grandit avec la carrure : un dormeur large a plus à combler qu’un dormeur menu, dans la même position et sur le même lit. Cet espace est une donnée de votre corps. Retirer l’oreiller ne le supprime pas : cela le laisse vide.

Ce qui se passe alors est prévisible. La tête n’a plus rien pour la porter, elle descend vers l’épaule, et la nuque passe la nuit penchée dans une direction où le reste de la colonne ne la suit pas. C’est le contraire exact de l’alignement décrit plus haut, et l’écart n’est pas tenu deux minutes : il est tenu de vingt-trois heures à sept heures.

Le corps ne reste d’ailleurs pas passif. Un bras glissé sous la tête, un avant-bras replié en guise d’oreiller, une épaule remontée : ces gestes remettent de l’épaisseur là où l’oreiller n’en met plus, et ils occupent exactement le volume qu’il occupait. C’est la même substitution qu’un vieil oreiller replié en deux sous la nuque pour lui rendre ce qu’il a perdu, décrite dans notre guide sur la durée de vie d’un oreiller.

Un dormeur sur le côté qui essaie de dormir sans oreiller ne teste donc pas une méthode : il retire un réglage sans rien mettre à la place.

Sur le dos

Le cas est moins tranché, et il mérite d’être expliqué plutôt que classé.

Sur le dos, l’espace à combler est celui du creux de la nuque : quelques centimètres, réguliers, sans point de charge extrême. C’est peu — assez peu pour que beaucoup de dormeurs supportent de s’en passer, et c’est ce qui rend la question tentante. Deux choses se produisent pourtant quand la tête repose directement sur le matelas.

D’abord, le creux reste vide : la nuque n’a aucun appui sur sa partie la plus creuse, et c’est le segment que l’oreiller est justement là pour porter. Ensuite, la tête part légèrement en arrière, parce que l’arrière du crâne est ce qui touche le matelas en premier et que le menton se relève d’autant. L’écart n’a rien de spectaculaire ; il est simplement tenu toute la nuit.

Autrement dit, sur le dos, l’absence d’oreiller n’est pas un écart du même ordre que sur le côté — c’est un réglage approximatif plutôt qu’un réglage absent. Dans cette position, l’écart courant se fait d’ailleurs par excès et non par manque : un oreiller trop haut pousse le menton vers la poitrine et maintient la nuque fléchie des heures durant. Mais baisser n’est pas supprimer, et c’est toute la différence que cette page essaie de tenir — de combien baisser est une question de hauteur, traitée dans notre guide sur la hauteur d’oreiller selon la position.

Ce que dormir sans oreiller change pour la nuque et le dos

Cela change une seule chose, et elle suffit : l’angle que la tête tient par rapport au reste de la colonne, pendant toute la durée du sommeil. Tout le reste — le confort du premier contact, l’impression au coucher, l’habitude — est secondaire par rapport à cet angle et à sa durée.

Ce que la tête subit quand rien ne la porte

Trois écarts sont possibles entre la tête et l’axe du dos. Ils ne se ressemblent pas, et il est utile de savoir lequel vous êtes en train de créer.

  • La tête tournée. C’est la rotation du dormeur sur le ventre. Elle existe avec ou sans oreiller ; l’oreiller ne la crée pas et ne l’enlève pas.
  • La tête renversée en arrière. C’est ce que produit l’absence d’oreiller sur le dos, et ce que produit la présence d’un oreiller sur le ventre. Dans les deux cas, la nuque se cambre au lieu de rester droite.
  • La tête penchée vers l’épaule. C’est ce que produit l’absence d’oreiller sur le côté, et c’est le plus marqué des trois, parce que la distance à compenser y est la plus grande.

Ce découpage explique un fait qui déroute beaucoup de monde : le même geste — retirer l’oreiller — donne trois résultats différents selon la position. Sur le ventre, il retire un écart. Sur le dos, il en crée un petit. Sur le côté, il en crée un grand. Une page qui répond « oui » ou « non » à la question de départ ignore forcément deux de ces trois lignes.

Reste le paramètre que rien ne compense : la durée. Une position n’est pas jugée sur ce qu’elle donne en trois secondes mais sur ce qu’elle donne en huit heures, sans possibilité d’ajustement conscient. C’est vrai pour un matelas, c’est vrai pour un oreiller, et c’est la raison pour laquelle un essai en magasin ne dit rien d’utile — le sujet est développé du côté de l’accueil et du soutien, qui obéissent exactement à la même logique.

Un dernier point, parce qu’il décide du reste : le vide dont parle toute cette page n’est pas une donnée fixe, il dépend de ce qu’il y a sous le dormeur. Un couchage ferme laisse l’épaule en surface et le vide à son maximum ; un couchage souple la laisse s’enfoncer et le réduit. Le même dormeur n’a donc pas le même vide selon le lit. Ce qui fausse une mesure de hauteur — matelas, sommier, carrure — est détaillé dans notre guide sur la forme de l’oreiller, et la part du sommier dans le maintien dans celui sur le matelas et le mal de dos.

Dormir sans oreiller et le mal de dos

Nous ne répondons pas à cette question, et nous préférons dire pourquoi plutôt que de la contourner : une douleur relève d’un professionnel de santé, pas d’un matelassier. Ce que nous savons décrire s’arrête à la géométrie du couchage ; ce que vous cherchez, si vous avez mal, commence après.

Disons franchement ce que nous ne reprenons pas à notre compte. On lit régulièrement que dormir sans oreiller redresserait le dos, réglerait des tensions ou remettrait une colonne en place. Nous n’avons rien qui nous permette de l’affirmer, donc nous ne l’affirmons pas — et le fait que ces phrases se répètent d’une page à l’autre ne les rend pas plus vérifiées. Ce n’est pas une prudence de forme : sur un sujet où la mauvaise réponse retarde une consultation, dire « nous ne savons pas » est la seule chose honnête à faire.

Ce que nous pouvons dire tient en une phrase, et elle est plus modeste : retirer l’oreiller modifie l’angle que votre tête tient pendant la nuit, dans le sens décrit plus haut selon votre position. Là s’arrête notre compétence. Ce que cet angle produit sur vous, nous n’en savons rien, et aucune méthode d’auto-évaluation proposée depuis cette page ne vous l’apprendrait.

La position que ce site tient partout ailleurs vaut ici sans changement :

  • Une literie ne soigne pas un problème physiologique, quelle que soit sa qualité et quel que soit son prix. Nos matelas et nos oreillers ne sont pas des dispositifs thérapeutiques.
  • Une gêne qui dure ou qui s’aggrave ne s’évalue pas depuis une page de conseils, et elle ne se règle pas en retirant un objet du lit. Que votre couchage y soit pour quelque chose ou pour rien, ce n’est pas à nous d’en décider.
  • Un bon diagnostic passe avant tout le reste, y compris avant tout changement de couchage — c’est la première section de notre guide sur le matelas et le mal de dos, et c’est celle qui compte le plus.

Si vous avez mal, le premier rendez-vous à prendre est chez un médecin, pas chez un matelassier. Nous le répétons parce que c’est vrai, pas parce que c’est prudent.

Comment essayer de dormir sans oreiller

En baissant la hauteur par étapes, jamais en supprimant l’oreiller d’un coup. La différence entre les deux n’est pas une différence de prudence, c’est une différence de mécanique : réduire l’épaisseur d’un centimètre déplace la tête d’un centimètre, et la supprimer entièrement fait franchir d’un seul coup tout l’écart décrit plus haut. Voici ce que chaque palier change.

  1. La position de référence est celle de la nuit, pas celle du coucher. Beaucoup de dormeurs s’endorment dans une position et passent la nuit dans une autre. Si vous alternez, c’est la position la plus exigeante des deux qui commande, parce que c’est elle qui a le plus grand vide à combler.
  2. Réduire n’est pas supprimer. Un oreiller nettement plus bas fait un palier ; une serviette pliée en deux ou en quatre en fait plusieurs, et c’est ce qui la rend commode ici — l’épaisseur se règle pli par pli, ce qu’aucun oreiller de série ne permet, et le pli d’avant se refait en dix secondes.
  3. Un seul paramètre à la fois. Un nouveau matelas, un surmatelas et un oreiller retiré la même semaine ne donnent aucune information exploitable : trois variables ont bougé, et rien ne dit laquelle a produit quoi.
  4. Un palier ne se lit pas sur une nuit. Un couchage qui change est d’abord perçu comme un changement, dans un sens comme dans l’autre. C’est un fait de perception, pas un délai d’adaptation qu’il faudrait tenir.

Trois choses qui brouillent le résultat, et pourquoi :

  • Empiler deux oreillers. Deux oreillers glissent l’un sur l’autre et la pile se défait : la hauteur du milieu de nuit n’est jamais celle du coucher. Ce n’est pas un palier, c’est une hauteur qui bouge toute seule.
  • Substituer un coussin de canapé. Ni la hauteur ni le garnissage n’y sont faits pour ça, et il ne tiendra pas son épaisseur huit heures d’affilée.
  • Changer de literie en même temps. Le vide à combler dépend du matelas, donc en changer redéfinit le palier au lieu de le mesurer.

Et une limite, qui est la vraie raison pour laquelle cette section s’arrête ici. Nous décrivons ce qu’un palier déplace, pas la façon de vous évaluer vous-même : si quelque chose fait mal, s’installe ou dure, cela ne se tranche ni au palier suivant ni depuis un guide de literie, mais avec un professionnel de santé.

Les fausses bonnes raisons de dormir sans oreiller

Trois arguments reviennent systématiquement, et aucun des trois ne tient tel quel. Ils ne sont pas absurdes pour autant : chacun repose sur une observation juste, mal généralisée.

Les trois arguments qui reviennent en faveur du sommeil sans oreiller, ce qu’ils ont de vrai et ce qu’ils omettent
L’argument Ce qu’il a de vrai Ce qu’il oublie
« C’est plus naturel » Un dormeur sur le ventre n’a effectivement presque rien à combler L’oreiller est aussi ancien que le lit, et « naturel » ne dit rien de la distance que votre épaule crée
« Les peuples qui dorment au sol n’en ont pas » Le couchage à même le sol se pratique sur toute la planète L’objet posé sous la tête n’a rien d’une invention moderne ; et un sol ferme augmente l’espace à combler au lieu de le réduire
« Mon oreiller me fait mal, donc il ne m’en faut pas » Un oreiller qui gêne n’est effectivement pas au bon réglage Un oreiller trop haut et pas d’oreiller du tout sont deux écarts opposés, pas le même

Le premier argument mérite une réponse courte : il n’existe pas d’état naturel du couchage humain auquel il faudrait revenir. Ce qui décide de votre nuit n’est pas l’ancienneté d’un objet, c’est un écart de quelques centimètres entre votre tête et votre matelas. L’histoire de l’objet est un sujet passionnant, mais c’en est un autre — nous la racontons dans notre guide sur l’histoire de l’oreiller.

Le deuxième est le plus intéressant des trois, et le plus mal utilisé, parce qu’il inverse la conclusion qu’il devrait donner.

D’abord sur les faits. Dormir bas ne veut pas dire dormir sans rien sous la tête, et l’objet fait exprès pour porter une tête endormie est très ancien. L’Égypte ancienne fabriquait des appuis-tête en bois, en céramique, en ivoire ou en pierre, dont la partie creuse portait la tête — et non la nuque — d’un dormeur le plus souvent couché sur le côté : c’est ce que décrit le musée Glencairn à propos de sa collection égyptienne. Le traversin, chez nous, appartient à cette même famille d’objets et suit sa propre logique — voir notre guide sur le traversin.

Ensuite sur le raisonnement, et c’est là que l’argument se retourne. Un couchage au sol est plus ferme qu’un matelas moderne. L’épaule ne s’y enfonce pas. L’écart entre le sol et la tête d’un dormeur sur le côté y est donc plus grand, pas plus petit. Invoquer le sol pour justifier l’absence d’oreiller, c’est prendre un exemple qui plaide exactement dans l’autre sens.

Le troisième est le plus fréquent, et le plus facile à traiter. Un oreiller qui gêne dit quelque chose de vrai — il n’est pas au bon réglage. Il ne dit rien du tout sur l’utilité des oreillers en général. C’est une confusion entre « le mien est mauvais » et « il n’en faut pas », et c’est très exactement le sujet de la section suivante.

Un oreiller plus bas plutôt que pas d’oreiller

Dans la grande majorité des cas, ce que cherche quelqu’un qui veut retirer son oreiller, c’est moins de hauteur — pas zéro. C’est la conclusion de cette page, et c’est aussi la seule réponse qui marche pour les trois positions à la fois.

Le raisonnement est simple une fois qu’on a lu ce qui précède. Le vide à combler n’est nul que sur le ventre. Partout ailleurs il existe, il est mesurable, et il ne demande pas à disparaître : il demande à être comblé à sa taille. Un oreiller trop haut se corrige en descendant d’un cran, pas en supprimant la marche.

Cette page s’arrête donc où commence l’autre question. Quelle hauteur viser selon la position, et dans quel ordre décider : notre guide sur la hauteur d’oreiller porte les repères, et sa conclusion l’ordre des décisions. Un point mérite d’être connu avant d’y aller : sur un oreiller du commerce, hauteur et fermeté arrivent ensemble, dans une référence qu’on prend ou qu’on laisse — c’est ce qui rend la correction « un cran plus bas » plus difficile qu’elle n’en a l’air. Sur un oreiller garni à la main, la quantité de garnissage est un paramètre de fabrication et non une caractéristique du produit ; c’est le sujet de notre guide sur l’oreiller en laine, et la façon dont les ateliers Le Briand travaillent.

Un mot enfin pour les dormeurs sur le ventre. Gardez-en un quand même, même si le vôtre ne passe pas la nuit sous votre tête : la plupart des dormeurs changent de position, et l’oreiller sert ailleurs qu’à combler l’écart sous la tête — entre les genoux quand on bascule sur le côté, sous les chevilles, dans le dos pour lire. Les formats réduits faits pour ces usages sont décrits dans notre guide sur les petits formats d’oreiller.

Comme pour le choix d’une literie tout entière, la question utile n’est donc jamais « faut-il en avoir un ». C’est « quelle distance ai-je à combler, et avec quoi ».

Questions fréquentes sur le sommeil sans oreiller

Cela dépend entièrement de la position dans laquelle vous dormez, et nous ne pouvons en parler qu’en termes de géométrie, pas de santé. Sur le ventre, il n’y a presque rien à combler entre le matelas et la tête : retirer l’oreiller rapproche la tête du prolongement du dos au lieu de l’en éloigner. Sur le côté, c’est l’inverse : l’épaule crée un écart que rien ne comble si l’oreiller disparaît, et la tête descend vers le matelas. Sur le dos, le creux de la nuque reste vide. Nous décrivons un alignement, pas un effet sur un corps — si une gêne s’installe ou dure, c’est un professionnel de santé qui la regarde, pas un matelassier.

Personne ne peut vous donner ce chiffre, et les durées qui circulent sur ce sujet ne reposent sur rien de vérifiable. Ce que nous pouvons dire est plus court : une nuit ne dit rien, parce qu’un couchage nouveau est perçu comme nouveau avant d’être perçu pour ce qu’il vaut — dans un sens comme dans l’autre. C’est la raison pour laquelle la hauteur se réduit par paliers plutôt que d’un coup : ce n’est pas une question de délai, c’est une question de ne changer qu’une chose à la fois. Ce que vous ressentez ensuite ne s’interprète pas depuis une page de literie : si quelque chose fait mal ou dure, c’est un professionnel de santé qui tranche.

La question est mal posée, et c’est ce qui la rend intéressante : ce sont deux erreurs opposées, pas les deux seules options. Un oreiller trop haut pousse la tête vers l’avant, pas d’oreiller la laisse partir en arrière ou tomber vers l’épaule — dans les deux cas la tête n’est plus dans le prolongement du dos, et elle y reste des heures. Choisir entre les deux revient à choisir de quel côté rater la cible. Ce que vous cherchez en retirant l’oreiller, c’est presque toujours moins de hauteur, pas zéro : la hauteur se règle par la quantité de garnissage, et notre guide sur la hauteur d’oreiller selon la position de sommeil explique comment la déduire.

Le couchage d’un enfant ne relève pas d’un matelassier. Nous ne donnons ici ni âge, ni stade, ni format, ni hauteur, et nous ne dirons pas non plus à quelles conditions un oreiller aurait sa place : ce n’est pas notre métier et l’enjeu est trop sérieux pour une page de literie. Les recommandations de couchage du nourrisson sont publiées par l’Assurance Maladie, et tout ce qui concerne un enfant se décide avec le médecin qui le suit. Tout ce que dit cette page s’adresse à des adultes.

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