Un matelas est la partie haute de la suspension du lit : la pièce sur laquelle le corps repose, posée sur le sommier.
La plupart des réponses s’arrêtent à la matière. Mousse, latex, ressorts, laine — comme si nommer le garnissage suffisait à décrire l’objet. C’est un point de départ, ce n’est pas une description.
Un matelas n’est pas un bloc de matière. C’est un assemblage : quelque chose au milieu, quelque chose autour, et un travail qui tient les deux ensemble. Deux matelas garnis de la même matière ne se comportent pas de la même façon selon la manière dont ils sont montés.
Nous reprenons donc l’objet par l’intérieur : de quoi il est fait, ce qui le fait tenir, et ce que les chiffres de l’étiquette mesurent réellement.
Qu’est-ce qu’un matelas ?
Un matelas est l’organe de suspension supérieur du lit. Il reçoit le corps, en épouse les reliefs, et transmet au sommier la part de l’effort qu’il n’absorbe pas lui-même.
Cette dernière précision compte plus qu’il n’y paraît. Un matelas ne travaille jamais seul : il forme avec le sommier un système à deux étages, et la sensation que vous avez en vous couchant est le produit des deux, pas du seul matelas. Nous développons ce couplage dans notre guide sur l’ensemble matelas et sommier.
Reste ce qui sépare un matelas d’un grand coussin. Deux choses, et elles se voient à l’œil nu : un bord construit — le bourrelet — et une garniture traversée de points qui la maintiennent en place, le capitonnage. C’est ce qui distingue un matelas d’une paillasse ou d’un futon, qui n’ont ni l’un ni l’autre.
Le matelas a par ailleurs une particularité que le sommier n’a pas : c’est la seule pièce du lit qu’on peut évaluer en s’allongeant dessus. C’est aussi pour cela qu’il concentre l’attention, le budget et le discours commercial, pendant que la moitié basse de la suspension se choisit en dernier, sur ce qu’il reste.
Encore faut-il savoir ce que vaut cet essai. Dix minutes en magasin, habillé, sur un sommier que personne ne vous présente : c’est une prise de contact, ce n’est pas une nuit. Ce que vous pouvez vérifier en revanche, sans expérience et sans matériel, c’est de quoi l’objet est fait.
D’où vient le matelas
Le mot s’est longtemps écrit materas. Jusque vers le milieu du XVIe siècle, on le rencontre aussi sous d’autres graphies — matheraz, mattras, ou materasas dans le Midi. La plus ancienne trace qu’en relève Henry Havard, dans son Dictionnaire de l’ameublement et de la décoration, date de 1320 : les comptes de Geoffroi de Fleuri, argentier du roi Philippe V, portent un achat de coton « pour le materas du Roy amender ». La première mention n’est donc pas un achat de matelas, c’est une ligne d’entretien.
Soixante ans plus tard, l’objet a ses gardiens. Le compte des dépenses de l’hôtel du roi Charles VI, ouvert au 1er octobre 1380, et les comptes des gages des valets de 1383 mentionnent, parmi les officiers de la chambre, des « sommeliers du materaz », chargés spécialement de veiller sur ce meuble « à la fois très coûteux et fort utile ». Il y a donc un officier du matelas dans la chambre du roi à une date où le mot sommier, lui, désigne encore une bête de somme et sa charge. Le glissement vers la literie viendra plus tard, et nous le racontons dans l’origine du mot sommier.
La prononciation moderne s’installe au XVIe siècle. Rabelais l’écrit le premier, dans Pantagruel : « empourta la couverture, le matelat et aussy les deuz linceulx ». Montaigne, dans les Essais, donne la forme que nous employons encore : « Vous faites malade un Allemand de le coucher sur un matelas, comme un Italien sur la plume, et un Français sans rideau et sans feu. »
Restait à le rendre courant. Il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour que le matelas se répande : jusque-là, écrit Havard, « dans beaucoup de provinces et même à Paris, la généralité des bourgeois s’était contentée du lit de plume et de la paillasse ». La cause qu’il en donne tient à un geste d’atelier :
« C’est également au XVIIe siècle que l’on commença à carder la laine ; car jusque-là, on s’était borné à la battre. Or il n’y a pas de comparaison, comme élasticité, entre la laine peignée à la carde, et celle qui est simplement battue. »
Tout est là. Une laine battue est une laine tassée : elle fait masse, elle ne fait pas ressort. Une laine cardée, ouverte fibre à fibre, reprend du volume et de l’élasticité. Sans elle, il n’y a pas de matelas : il y a une paillasse, ou un lit de plume. L’objet dépend d’un geste d’atelier.
On peut suivre ce mécanisme à l’échelle d’un homme. Le 17 août 1771, l’abbé Ferdinando Galiani écrit de Naples à Mme d’Épinay :
« Sachez qu’un des plus grands maux des Napolitains, c’est qu’ils couchent sur des matelas fort durs. Cela vient de ce qu’ils battent leur laine sans la carder. »
Il a tenté d’y remédier sur place : les Napolitains n’ont pas les machines et n’en connaissent pas la forme. Il se résout à les faire venir de Paris, et demande ce que coûterait « tout l’attirail pour carder un matelas ». Il termine par ceci : « tâchez au moins qu’en dormant, je me souvienne des lits de Paris ». En octobre, il relance : il veut « le peigne avec lequel on carde les matelas, pour introduire cet art à Naples ». Le matériel lui fut envoyé peu après.
Soixante ans plus tard, le cardage n’est plus un art à importer, c’est un entretien de maison. De Nohant, le 31 août 1834, George Sand écrit à Jules Boucoiran :
« Faites carder mon matelas ; je ne veux pas être mangée aux vers de mon vivant. »
Une consigne domestique, donnée comme on fait ramoner une cheminée. C’est le même geste aujourd’hui : la machine est décrite dans notre guide sur la cardeuse, et la remise à neuf complète d’un garnissage dans la réfection d’un matelas en laine.
Une autre matière entre dans les matelas au même moment. Le crin apparaît au milieu du XVIIe siècle : « à partir de 1650, on rencontre des matelas en crin dans tous les riches mobiliers », et l’auteur des Délices de la France lui prête de « ne prendre jamais de forme ». L’inventaire de Molière, dressé en 1673, en donne une photographie : « Trois matelas, l’un de futaine…, rempli de laine ; un autre aussi de futaine, rempli de bourre, et l’autre de futaine et toile rempli de crin. » Trois matelas dans une même maison, trois garnissages — et, dans le même inventaire, un sommier de crin.
Tout n’a pas abouti. En 1770, l’Almanach sous verre rapporte que des particuliers ont fait faire à la campagne des matelas de mousse : « ils sont fort élastiques et ne sont point sujets à servir de retraite aux souris, aux puces, ni aux punaises ». L’essai n’a pas eu de suite. Mais notez le mot qui revient : élastiques. C’est la propriété que tout le monde cherchait, et le cardage est ce qui a permis de l’obtenir avec la laine.
Nous retenons de cette histoire une chose, et elle vaut pour la suite de ce guide : ce qui a fait le matelas n’est pas une matière, c’est le travail exercé sur cette matière. Une composition dit ce qu’il y a dedans. Elle ne dit pas ce qu’on en a fait.
De quoi un matelas est-il fait ?
Trois pièces, toujours les mêmes, quelle que soit la technologie. Le métier leur donne un nom, et ces trois noms valent la peine d’être connus avant de lire une étiquette.
L’âme. C’est la matière principale, celle qui occupe le cœur du matelas et qui porte réellement le corps. Un bloc de ressorts, un bloc de mousse, un bloc de latex, une masse de laine cardée : selon la famille, l’âme change de nature, jamais de fonction. C’est elle qui décide de la fermeté, de la façon dont le matelas s’enfonce, et de la vitesse à laquelle il revient.
Le garnissage. C’est ce qui se trouve entre l’âme et l’enveloppe. Sur un matelas industriel, ce sont les couches de confort : ouate, mousses souples, fibres, parfois une nappe de laine ou de coton côté surface. Sur un matelas en laine, la distinction disparaît — le garnissage est l’âme, la même laine assurant les deux fonctions. Ce n’est pas une nuance de vocabulaire mais une différence de construction : dans un cas vous avez un cœur et des couches, dans l’autre une seule masse continue.
Ce double sens du mot « garnissage » explique une bonne part de l’impossibilité de comparer deux fiches produit. Nous reprenons ces mots un par un dans notre vocabulaire de la literie.
L’enveloppe. C’est le tissu qui referme le tout : le coutil. Il n’est pas seulement décoratif. Il est la peau du matelas, la seule pièce en contact avec le dormeur et avec le linge de lit — et sur un matelas monté à la main, il est aussi structurel, puisque c’est en le fermant sur un volume plus grand que lui qu’on met la garniture en compression. Matières, tissages et finitions font l’objet de notre guide sur le coutil.
À ces trois pièces s’ajoute une quatrième chose, qu’on oublie systématiquement parce qu’elle ne se voit pas : le travail qui les solidarise. C’est l’objet de la section suivante, et c’est là que deux matelas de composition identique cessent de se ressembler.
Ce qu’on trouve dans un matelas industriel
Un matelas à ressorts n’est pas un bloc de ressorts. Le bloc est entouré d’une carcasse de mousse — le carénage — qui tient les bords, empêche les ressorts d’arriver au ras du coutil, et donne au matelas sa forme de parallélépipède. Sa qualité pèse lourd sur la tenue de l’ensemble dans le temps, et elle n’apparaît sur aucune étiquette.
Au-dessus viennent les couches de confort, puis le piquage : cette couture machine qui dessine des motifs à la surface et solidarise les premières épaisseurs entre elles.
Cette construction a une conséquence pratique. Ce que vous touchez en magasin, c’est le piquage et la première couche. L’âme, elle, ne se manifeste qu’après plusieurs minutes de charge — c’est-à-dire jamais pendant un essai de quelques instants. Le premier contact et le soutien réel sont deux informations distinctes, et le magasin ne vous donne que la première. Le vocabulaire du métier les sépare d’ailleurs nettement : l’accueil se mesure du bout des doigts, le maintien du poing fermé, et nous les reprenons parmi les critères d’un lit confortable.
Face été, face hiver
Beaucoup de matelas proposent deux faces : l’une dite d’hiver, garnie d’une matière isolante, souvent de la laine ; l’autre dite d’été, plus légère, en coton ou en fibre synthétique. On retourne le matelas deux fois par an.
Le principe est juste. Ce qu’il faut regarder, c’est la quantité. Une matière isolante ne travaille qu’en proportion de sa masse : une nappe mince de laine cousue sous le coutil ne fait pas le travail d’un garnissage entier, même quand l’étiquette annonce le mot « laine » en grand. C’est la confusion la plus courante entre un matelas avec de la laine et un matelas en laine, où la fibre occupe toute l’épaisseur — et où, précisément parce qu’elle l’occupe dans les deux sens, il n’y a pas de face à privilégier.
Ce qui fait tenir un matelas
Un garnissage laissé libre dans une enveloppe se déplace, se tasse là où le corps appuie et s’accumule ailleurs. Au bout de quelques mois, il y a un creux au milieu et des bourrelets sur les côtés. Tenir la garniture en place est donc la moitié du travail, et c’est cette moitié qui ne figure sur aucune fiche produit.
Trois mécanismes s’en chargent sur un matelas monté à la main, et ils agissent ensemble.
Le capitonnage
Un capiton est une boucle de ficelle qui traverse le matelas de part en part, d’une face à l’autre, et qu’on serre. La garniture est ainsi pincée en un point, puis en un autre, sur toute la surface. Deux réglages en découlent : le nombre de points, et la tension qu’on leur donne.

Ces deux réglages sont ce qui permet d’ajuster la fermeté d’un matelas après sa fabrication, ce qu’aucun bloc de mousse ne permet. Notre guide sur la fermeté d’un matelas en laine détaille comment on les manœuvre, y compris chez soi.
Le point de serrage est aussi le point de faiblesse : une ficelle tendue sur un tissu finirait par le déchirer. C’est le rôle de la bouffette, ce petit pompon posé sous chaque capiton, qui répartit la tension sur une surface plus large au lieu de la concentrer sur un fil.
Le bourrelet et la tenue des bords
Le bourrelet est le boudin cousu à la main qui borde le matelas sur tout son pourtour. Sa fonction est structurelle avant d’être esthétique : il donne sa rectitude au matelas, retient la garniture jusqu’aux arêtes, et agit comme un raidisseur de planche.
C’est la partie du matelas qu’on regarde en dernier et qui lâche en premier quand elle est mal faite. Un bord qui s’effondre, c’est une surface de couchage qui rétrécit sans que rien n’ait changé en apparence : le dormeur se recentre, s’installe toujours au même endroit, et le creux se forme d’autant plus vite. Le détail des finitions possibles est dans notre guide sur le bourrelet.
Un assemblage qui se rouvre, un assemblage qui ne se rouvre pas
C’est le point où la construction cesse d’être un détail technique.
Un matelas cousu se découd. On ouvre le coutil, on sort la garniture, on la travaille, on referme avec une toile neuve : c’est la réfection, et elle n’est possible que parce que rien n’a été collé. Un matelas dont les couches sont solidarisées définitivement ne se rouvre pas — non par mauvaise volonté du fabricant, mais parce que l’assemblage n’a jamais été conçu pour être défait.
Nous ne prétendons pas que l’une des deux constructions soit meilleure en soi ; elles répondent à des contraintes de fabrication différentes. Mais elles n’ouvrent pas les mêmes options le jour où le matelas fatigue, et cela se décide à l’achat, pas dix ans plus tard. Ce que comprend concrètement une remise à neuf est décrit dans notre guide sur la réfection d’un matelas en laine ; les repères d’usure et le moment de décider sont réunis dans la durée de vie d’un matelas.
Quant à la fabrication elle-même, étape par étape, de la découpe de la toile au serrage final des capitons, elle fait l’objet d’un guide entier : comment fabriquer un matelas en laine de mouton.
Les familles de matelas et ce qui les sépare
Ce qui distingue vraiment une famille d’une autre n’est pas la matière annoncée, c’est la manière dont cette matière produit du soutien. L’acier se comprime et revient. La mousse enferme de l’air dans des cellules qui s’écrasent. Le latex est un élastomère qui se déforme et se rappelle sa forme. Une fibre naturelle, elle, ne fonctionne que mise en masse et en compression.
| Famille | Ce qui porte le corps | Sensation au contact | Se rouvre et se refait |
|---|---|---|---|
| Ressorts | l’acier qui se comprime puis revient | du rebond, une réaction franche et rapide | non |
| Mousse | l’air et les membranes des cellules | un enfoncement progressif, un retour souple | non |
| Mémoire de forme | la même mousse, au retour ralenti | un enfoncement lent, l’empreinte qui reste | non |
| Latex | l’élasticité d’un élastomère | un rebond amorti, plus sourd que le ressort | non |
| Garnissage naturel (laine, crin) | la masse de fibre mise en compression | souple à la main, ferme sous le corps | oui |
Une précision d’honnêteté avant d’aller plus loin. Nous sommes matelassiers lainiers : nous fabriquons et nous refaisons des matelas garnis de fibres naturelles, et c’est là que nous avons quelque chose à dire. Sur la formulation d’une mousse polyuréthane ou sur le procédé de vulcanisation d’un latex, nous n’avons pas d’autorité particulière et nous ne prétendrons pas en avoir. Ce que nous pouvons décrire des autres familles tient à ce que nous en voyons quand elles passent par l’atelier, et à ce qu’elles font sous la main.
C’est aussi pourquoi les comparaisons vivent sur des pages à elles, où chaque technologie est reprise en détail plutôt que résumée en une ligne : latex ou laine, mousse ou laine, industriel ou fait main, et laine ou laine et crin pour arbitrer entre les deux garnissages naturels historiques. La question de l’empreinte de corps, souvent posée à la mousse viscoélastique, est traitée à part dans matelas en laine et mémoire de forme.
Les hybrides, et pourquoi ils brouillent la lecture
Rien n’oblige un fabricant à s’en tenir à une famille. Un bloc de ressorts surmonté d’une couche de latex et d’une couche de mousse à mémoire de forme est un matelas hybride, et c’est aujourd’hui une bonne partie de l’offre.
Le principe se défend : chaque couche fait ce qu’elle sait faire. Le problème est ailleurs. Multiplier les couches multiplie les chiffres à comparer, et chacun ne s’applique qu’à sa propre épaisseur. On finit par comparer une densité de couche d’accueil chez l’un à une hauteur de bloc chez l’autre, sans que rien ne permette de savoir laquelle des deux porte réellement le corps.
Notre position là-dessus est simple, et c’est une position de fabricant : plus une construction demande d’explications pour être comprise, moins l’acheteur est en mesure de vérifier ce qu’il achète.
Et le futon ?
Ce n’est pas une famille à part, c’est un mode de construction. Un futon est un matelas de faible épaisseur, garni de coton ou de laine, sans bourrelet et à bords arrondis — donc sans la structure de bord décrite plus haut. Notre guide sur le futon explique dans quels cas ce choix garde du sens, et pourquoi nous le déconseillons le plus souvent.
Ce que la densité mesure, et ce qu’elle ne mesure pas
La densité est une masse volumique : une quantité de matière rapportée à un volume. Un bloc de mousse dense contient plus de matière qu’un bloc de même dimension moins dense. C’est tout ce que le chiffre dit, et c’est déjà une information utile — mais c’est aussi le seul chiffre que l’industrie de la literie met couramment en avant, et il s’est retrouvé à porter beaucoup plus de sens qu’il n’en contient.
Vous trouverez en ligne des valeurs de référence, des seuils, des tableaux qui rangent les densités par gamme. Nous ne les reprendrons pas : nous n’avons pas de mesure à nous pour les confirmer, et nous préférons le dire plutôt que de recopier des chiffres dont nous ne connaissons pas l’origine.
Ce que nous pouvons dire, en revanche, ce sont les quatre choses que la densité ne mesure pas.
Elle ne mesure pas la fermeté. C’est la confusion la plus répandue, et le métier lui-même la démentait déjà : il existe un indice distinct pour la fermeté d’une mousse ou d’un ressort, gradué de mou à extra-ferme, et ce n’est pas la densité. Deux mousses de même densité peuvent se comporter différemment sous le corps ; une mousse dense n’est pas mécaniquement une mousse dure.
Elle ne concerne qu’une couche. Une densité s’annonce pour un matériau, pas pour un matelas. Sur une construction à plusieurs épaisseurs, elle décrit celle que le fabricant a choisi de nommer — et rien n’oblige à ce que ce soit celle qui porte le corps. Le carénage, l’enveloppe, le piquage et les couches non citées n’ont, eux, aucun chiffre.
Elle ne dit rien de l’assemblage. Deux matelas garnis de la même mousse à la même densité, l’un cousu, l’autre collé, ne vieillissent pas de la même manière et n’offrent pas les mêmes options le jour où ils fatiguent. Le chiffre ne voit pas cette différence.
Elle ne s’applique pas partout. Une densité n’a aucun sens pour un bloc de ressorts, dont le comportement dépend du nombre de ressorts, de leur diamètre de fil et de leur répartition. Sur un garnissage en fibre naturelle, elle en a un, mais elle se mesure autrement — voir plus bas.
Densité et fermeté ne sont pas la même chose
La densité est une quantité de matière. La fermeté est une résistance à l’enfoncement. On peut faire varier la seconde sans toucher à la première, et c’est exactement ce qu’un atelier fait tous les jours.
L’ordre des opérations est celui-ci : on choisit d’abord combien de matière on met, ensuite comment on la contraint. Le premier réglage détermine ce que le matelas contient, le second ce qu’il fait. C’est la raison pour laquelle une même quantité de laine donne un matelas souple ou un matelas ferme selon la façon dont elle est capitonnée.
Ce qui remplace la densité sur un matelas en laine
Il n’y a pas d’étiquette de densité sur un matelas garni à la main, et pour une raison simple : la fermeté n’y est pas une propriété de la matière achetée, elle est le résultat d’un réglage.
Trois paramètres la fixent, et ils se règlent au moment du montage :
- la quantité de laine mise en œuvre pour une surface donnée ;
- le nombre de capitons, qui décide en combien de points la garniture est pincée ;
- le serrage de ces capitons, qui décide de la force avec laquelle elle l’est.
Ces trois réglages sont détaillés dans notre guide sur la fermeté d’un matelas en laine, et la quantité de laine nécessaire pour un matelas est chiffrée dans comment fabriquer un matelas en laine de mouton. Retenez ici la conséquence : sur ce type de matelas, la question « quelle densité ? » n’a pas de réponse en chiffres, parce qu’elle se pose au fabricant et non au catalogue.
Épaisseur et poids : ce que les chiffres disent du matelas
Ce sont les deux mesures qu’on peut faire soi-même, sans démonter quoi que ce soit. Elles ne disent pas la même chose, et l’une des deux est nettement plus bavarde que l’autre.
L’épaisseur est une addition. La hauteur affichée est la somme des couches : âme, couches de confort, coutil et piquage compris. Elle ne renseigne donc pas sur la quantité de matière portante, seulement sur le total. Deux matelas de même hauteur peuvent contenir des proportions très différentes de structure et de rembourrage — et l’épaisseur a beaucoup augmenté depuis les années 1990 pour des raisons qui tiennent autant au marché qu’au confort. Nous avons traité ce point du côté de la laine, dont l’épaisseur reste en dessous des standards de la grande distribution, dans les inconvénients du matelas en laine.

Le poids est plus honnête, et personne ne l’affiche. Une masse est une densité multipliée par un volume : peser un matelas revient donc à mesurer d’un coup la quantité de matière qu’il contient, toutes couches confondues, sans avoir à démêler quel chiffre s’applique à quelle épaisseur. C’est la seule mesure qui échappe au découpage par couche — et c’est précisément celle qu’aucune fiche produit ne donne.
Nous ne donnerons pas de chiffre en l’air non plus. Le poids d’un matelas dépend de ses dimensions et de sa construction, et une valeur moyenne sortie de nulle part ne vous servirait à rien.
Les conséquences pratiques, elles, sont indépendantes du chiffre exact. Un matelas lourd se manipule à deux, se retourne moins volontiers, et pose un vrai problème dans un escalier étroit — une raison parmi d’autres de préférer deux pièces séparées à une seule au-delà de 160 cm. Un matelas garni de fibre ne se roule jamais pour être transporté, sous peine de tasser le garnissage irrégulièrement : le sujet a son guide, enrouler un matelas en laine.
Et les dimensions ? Longueur et largeur relèvent d’un autre calcul — celui de la chambre, du nombre de dormeurs et de la circulation autour du lit. Elles ne sont pas traitées ici : tout est réuni dans notre guide sur la taille du matelas. Quant à la hauteur totale du couchage, elle est une addition d’un autre ordre — pieds, sommier et matelas — que nous détaillons dans la hauteur de lit.
Pour conclure sur la composition d’un matelas
Un matelas se lit mieux par sa construction que par sa fiche technique. Trois pièces — une âme, un garnissage, une enveloppe — et un travail qui les tient ensemble : c’est le même schéma d’une famille à l’autre, et c’est ce schéma qui permet de comparer deux objets que le vocabulaire commercial rend incomparables.
Trois questions suffisent à faire parler à peu près n’importe quel matelas, et aucune ne demande d’être du métier :
- Qu’est-ce qui porte réellement le corps, et quelle épaisseur cette pièce occupe-t-elle sur le total annoncé ?
- Comment les couches sont-elles tenues ensemble — cousues, ou solidarisées une fois pour toutes ?
- Que se passe-t-il quand la garniture se tasse : y a-t-il quelque chose à faire, ou l’objet est-il fini ?
Nous fabriquons des matelas en laine, et c’est notre réponse à ces trois questions : une seule masse de fibre qui porte, un assemblage cousu, une garniture qu’on reprend au lieu de la jeter. Nous n’en faisons pas une réponse universelle — d’autres constructions répondent à d’autres contraintes, et le comparatif entre matelas industriel et matelas fait main pose les termes de cet arbitrage sans le trancher à votre place.
Pour aller plus loin, trois guides prolongent directement celui-ci : le matelas en laine pour le produit que nous connaissons le mieux, la durée de vie d’un matelas pour savoir où en est le vôtre, et le sommier pour la moitié de la suspension dont il n’a presque pas été question ici.
Questions fréquentes
Le matelas est la partie haute de la suspension, celle qui touche le corps. Le sommier est la partie basse, celle qui reçoit le matelas et en encaisse une part de l’effort. Les deux travaillent ensemble : un même matelas ne donne pas la même sensation selon ce qu’il y a dessous. Nous développons le rôle du sommier dans notre guide sur le sommier, et leur couplage dans l’ensemble matelas et sommier.
C’est la matière principale, celle qui occupe le cœur du matelas et qui porte réellement le corps : un bloc de ressorts, un bloc de mousse, un bloc de latex, ou une masse de laine cardée. Elle décide de la fermeté, de la façon dont le matelas s’enfonce et de la vitesse à laquelle il revient. Tout le reste — couches de confort, coutil, piquage — se règle par-dessus elle.
Non. C’est une construction courante sur les matelas industriels, pas une caractéristique obligatoire. Elle n’a d’ailleurs pas de sens sur un matelas en laine, dont le garnissage est le même sur toute l’épaisseur : il n’y a pas de face à privilégier. Voir la section sur les deux faces plus haut.
La question mérite d’être reformulée, parce que la densité ne mesure pas ce qu’on croit : c’est une masse par unité de volume, pas un niveau de fermeté, et elle ne se déclare que sur une couche à la fois. Nous ne donnerons pas de valeur de référence — nous n’avons pas de mesure à nous pour la confirmer. Ce qu’elle dit et ce qu’elle ne dit pas est détaillé dans la section sur la densité.
Pas mécaniquement. Une épaisseur est une addition de couches, et une couche peut être portante comme elle peut être du rembourrage. Deux matelas de même hauteur peuvent contenir des quantités de matière utile très différentes. Nous avons traité ce point du côté de la laine, où l’épaisseur est plus faible que les standards de la grande distribution, dans les inconvénients du matelas en laine.
En partie seulement, et c’est précisément le problème. L’étiquette décrit les couches que le fabricant a choisi de nommer, rarement l’ensemble. Trois choses restent vérifiables sans outil : le poids, qui trahit la quantité de matière ; la tenue du bord, qui dit si la structure travaille jusqu’aux arêtes ; et la façon dont l’assemblage est fait, cousu ou collé, qui décide s’il pourra un jour se rouvrir.